#12 Ne plus avoir honte

J’ai tellement honte d’avoir été violée que, souvent, quand je parle des viols que j’ai subis, je me mens à moi-même et je réponds alors aux autres : « c’était avant, c’était quand j’étais ado ».

Sauf que c’est faux. Jusqu’ici je n’arrivais pas encore à démêler les maux par les mots alors ce soir je profite de la parole qui m’est offerte pour saisir la chance d’être écoutée anonymement sans sentir la honte couler sur mon cœur meurtri.

2007 – Le premier viol. C’était 3 jours avant la rentrée au lycée. J’avais alors 15 ans et 3 mois. Il n’a pas demandé pour me faire un cuni. Et j’ai pris du plaisir. (Culpabilisation bonjour) Ça m’a clairement traumatisée de cette pratique. J’y repense à chaque fois qu’un homme réessaye, je me cache le visage avec ma main et je me retiens de me laisser aller à ressentir ou qu’on me voit exprimer du plaisir.

2020 – j’ai 28ans. Et il est difficile d’écrire que, même après l’adolescence, j’ai subi et je subis encore des viols.

Je suis violée. Pour faire plaisir, ou parce que j’ai pas compris qu’on me prend clairement pour une conne. Je suis violée parce que j’ai pas saisi le bon contexte, ou parce que j’ai peur de dire non. Je suis violée parce que sur le moment je crois que je veux mais en fait non.

Pour faire rapide, je suis une personne nAt (=> neuroAtypique). Ça a toujours été chaud pour moi pour contextualiser et saisir le danger de certaines situations. Si vous voulez m’identifier à un personnage publique, je crois que je suis à l’image des anecdotes et de la vie sexuelle de Swann Perissé (YouTube). Aussi Femme et aussi blanche qu’elle, j’ai également été sexualisée très tôt à cause d’un entourage très sexiste en réaction à mon genre associé à un physique qui rentre dans les cases ; notamment mon père qui a toujours tenté de me faire coller le plus possible à l’image de la femme parfaite(-ment conditionnée aux plaisirs des hommes). Aujourd’hui j’ai 29 ans, une vie compliquée où mes traumas remontent à la surface tous les jours. Pour le contexte : je suis pansexuelle, en couple ouvert et polysexuelle et par ailleurs, en situation de précarité depuis l’adolescence.

Et alors voilà, il m’arrive souvent de me retrouver dans des situations bien merdiques dont j’ai bien bien honte. Et pourtant sur le moment ça m’apparaît comme être la seule solution possible pour assurer ma survie, mon bien-être, mon confort ou bien combler mes besoins. Parce que mon cerveau a été conditionné comme ça. Avec beaucoup de violences et d’oppressions. Je me démêle des situations par des chemins que j’ai toujours connu. Je ne sais pas me protéger. J’ai souvent peur. J’ai toujours honte.

Le dernier qui m’a beaucoup marqué et dont je n’ai parlé à personne pour l’instant, était en début de confinement. J’ai dit 5 fois non. Ce n’était pas la première fois que j’étais violée mais c’était la première fois que je disais non cependant. Yes une petite victoire ? (Triste bonne nouvelle: j’ai su dire non mais lui ne m’a pas écouté… – dommage repassez plus tard pour le respect du consentement). Le gars m’a forcé à me masturber devant lui. Et je l’ai fait. Parce que à la base je venais pour qu’il me dépanne des clopes et j’me sentais redevable. Ça c’est le gros résumé d’une histoire beaucoup plus complexe. Un cercle vicieux bien moche dans un contexte qui pue.

Après avoir subi ça, j’men suis terriblement voulu, alors que j’avais clairement dit non. Mais j’ai compris que ça n’était pas une relation saine (haha sans blague il a fallu des semaines pour que mon cerveau cassé remarque ça). J’étais dans une forme de dépendance tantôt affective tantôt matérielle. Après ça, j’ai décidé d’essayer de plutôt demander de l’aide aux gens qui m’aiment vraiment pour qui je suis et de manière inconditionnelle, et pas parce qu’ils veulent me baiser. Yes. 

Plus je prends conscience de la violence des gens partout autour de moi, plus j’étouffe. J’en peux plus. Tout est oppressant autour de moi. Je me sens si souvent dépassée, submergée. J’ai peur aussi souvent que je fuis. Beaucoup est souvent sujet à angoisses. Les violences sont partout. Tout m’effraie. Tout me regarde. Mon passé prend du temps à digérer. Mais j’veux avancer, me sentir aimée et sainement entourée.

J’ai décidé que je méritais mieux. J’ai compris que je devais poser mes limites et peaufiner mes préférences de rencontres : Des hommes déconstruits! Certains même plus que moi !, concernant le féminisme et toussa. Alors c’est doux, ça soigne, c’est accueillant et j’en avais sacrément besoin.

C’est long de trier les con(-ditionnés) par contre. Je pense que statistiquement on est clairement sur du 1/50 : 1 mec déconstruit sur 50 con(-ditionnés). Je conclus qu’il y a des questions existentielles à poser dès le début lors d’un match ou d’une rencontre. J’veux que le gars soit au clair avec toutes les oppressions que j’ai subies. Sinon bye bye. Tu mérites ni mon âme, ni mon corps, ni rien de moi. 

2021 – Le dernier viol. C’était il y a trois jours – un homme a posé des mots sur mes maux et ça fait du bien, il a écouté quelques traumas sexuels que j’ai subis. Il ne minimise pas, il accueille. Il est si doux dans ses gestes et tellement à l’écoute. LA rencontre qui a tout bouleversé en moi. 

Après un de nos rapports c’est même lui qui s’est directement rendu compte que je n’avais pas vraiment dit oui pour le cuni qu’il venait de me faire (sur le moment j’avais pris du plaisir donc c’était pas simple à démêler comme situation) il m’a demandé si j’avais pas osé dire non, etc. 

Oh ce n’est pas la première fois que j’me sentais violée… mais c’était la première fois que c’est Lui qui me le faisait remarquer.

Habituellement j’men serais rendu compte plusieurs jours après. Quand mon cerveau aurait passé son état de sidération pour laisser place à la déprime.

Pour lui répondre sur ses doutes concernant mon consentement, au début j’me mentais encore à moi-même et j’disais que c’était pas si grave. Le déni. Puis après plusieurs heures de discussion j’ai compris qu’en effet j’avais pas dit oui… et on est tombé d’accord sur un concept pour les prochaines fois et que j’invite tout le monde à intégrer : « sans oui, c’est non ».

Quand j’ai eu confirmé que j’m’étais sentie gênée, il avait l’air de se sentir très mal de se rendre compte qu’il m’avait abusée et l’ambiance s’est alourdie alors comme par réflexe j’ai lâché un « désolée ». Et alors ces mots en réponse m’ont tellement apaisée : « non c’est moi qui suis désolé, oui là je suis triste mais pas à cause de toi. Je suis triste parce que j’ai honte de mon comportement, tu n’avais pas dit oui pour ce cuni, tu avais juste « rien dit ». Un regard ou un sourire c’est pas un oui. Prendre du plaisir veut pas dire qu’on consent. Laisse moi être triste maintenant. J’en ai besoin. Je veux changer. J’me sens mal et c’est tant mieux. Que la honte change de camps. »

Et depuis ça je me sens plus proche du vrai Moi. Il m’a comme débloqué un truc dans mon cerveau, j’ai compris que j’étais légitime d’être respectée par un homme. Que c’est possible. La théorie du consentement j’la connaissais depuis presque deux ans mais j’avais juste besoin de le vivre vraiment. En pratique. J’avais besoin d’en être témoin. J’avais besoin de rencontrer l’homme qui veut me respecter et sait se remettre en question sans m’accuser de quoique ce soit. Parce que depuis ça, depuis que j’ai connu la douceur et le consentement, je n’ai plus envie de me laisser faire. Les autres (ceux qui me blessent et ne m’écoutent pas) ne me méritent pas. Je suis une personne respectable. Je remarque alors désormais plus facilement les moments où je dois m’écouter et j’accepte mieux de poser mes limites avec les autres. J’ai besoin qu’on me respecte. Partout et tout le temps. J’ai compris que je le mérite vraiment. Et depuis ça, depuis ce nouveau regard posé sur moi : tant pis si ça fait chier quand je dis non. Parce que y’a seulement en posant mes limites que je pourrais protéger mon corps et mes pensées. Parce que si je continue à me taire, je risque de tomber et de ne plus pouvoir me relever. Oh et puis tant mieux si ça fait chier, y’a que comme ça qu’on pourra remuer les croyances douteuses. Fais chier. C’est terminé. Je ne veux plus chuter. Je ne veux plus avoir honte de dire non, honte d’avoir mal, honte d’avoir peur, honte d’avoir été violée, honte d’être violée. 

#10 Quand j’avais 19 ans, je nous ai tués

TW : avortement, dépression post-partum

J’avais 19 ans. J’étais jeune, naïve également, comme on peut l’être à 19 ans, mais surtout, j’étais très amoureuse. Trop amoureuse peut être, dépendante de lui, aussi. Nous étions ensemble depuis mes 16 ans. C’était mon premier véritable amour. Pour lui, j’aurais tout fait. 

Nous sommes partis dans le sud en vacances , pour fêter Noël avec sa famille. C’était la première fois que je les rencontrais tous. J’étais très stressée, pas seulement par le fait de faire leur rencontre, mais surtout parce que j’avais un retard de règles. Je fis rapidement un test de grossesse qui s’annonça positif ( + de 3 semaines).

Quand je l’annonce au papa, il est fou de joie, m’embrasse le ventre, m’embrasse tout court, crie à qui veut bien l’entendre qu’il va être papa… Je dois dire que je ne réfléchis pas aux éventuelles difficultés à être maman à mon âge, si nous allons assurer ou pas… Je suis emportée par sa joie à lui, et je me dis que tant qu’il est là, tout se passera bien!

Le temps passe et ma grossesse évolue doucement. Mes sautes d’humeur et mon sale caractère également… J’étais imbuvable, je l’admets. Je n’ai pas un caractère facile et je suis hypersensible ( je ne le savais pas encore à l’époque), ajoutez à cela les hormones, c’est une éruption volcanique qui se passe dans ma tête et mon corps ! Lui faisait du mieux qu’il pouvait pour me faire plaisir, pour combler mes moindres envies et mes caprices. Je n’arrivais pas à contrôler mon impulsivité et honnêtement, j’étais méchante, pas tout le temps bien sûr, mais je n’arrivais pas du tout à contrôler mes sautes d’humeur. Malgré tout, nous avions notre vie de couple, il semblait toujours aussi heureux de ma grossesse, il savait qu’il allait être papa… Je savais qu’il était là pour moi, alors je tenais le coup, pour lui, pour nous. 

Puis tout à coup, il devint distant. Il se mit a cacher son téléphone… Je l’accuse d’infidélité, il m’avoue qu’il a fait la rencontre d’une femme dans le cadre de son travail… Tout s’effondre. 

Il dit que c’est à cause de moi, à cause de mon sale caractère, je ne lui rends pas la vie facile, etc

Il me dit que ce n’était qu’un dérapage, et que ça ne se reproduira pas. Arrive la date de la première échographie, celle des trois mois, mais je la fais deux semaines en retard car il n’y avait plus de place. Le futur papa ne peut pas m’accompagner, je vous laisse deviner que la suite risque de ne pas être très agréable. Mes parents m’accompagnent, moment très émouvant, surtout pour une première échographie, pour une première grossesse… Comme je suis à un stade un peu plus évolué et que bébé est bien placé, on m’annonce le sexe, un petit garçon, le rêve de presque tous les hommes! Je suis heureuse, comblée, même si le papa n’est pas avec moi à l’instant même… Nous partons fêter ça avec mes parents au restaurant pendant que je tente de joindre monsieur, en vain… Il finit par décrocher, et reste sans émotions à l’annonce de ce qui pour moi est une merveilleuse nouvelle…

Le soir, quand il rentre du travail, je lui montre l’échographie. Il la regarde à peine et m’annonce qu’il me quitte. Il voit toujours cette femme, il m’aime mais ne me supporte plus, il faut que je sois partie de l’appartement dans la semaine qui vient…

19 ans, sans logement, pas de travail, pas de permis, très fragile psychologiquement…. Je m’effondre, je n’ai plus rien et je ne me sens pas assez forte pour assumer, pour m’en sortir. 

J’en parle à ma mère qui sort le fameux mot « AVORTEMENT ». 

Mais je suis bien avancée dans ma grossesse ! Et est-ce que c’est vraiment la bonne solution? Est-ce que je pourrais obtenir l’aide et le soutien de mon père et ma mère? 

Dans un premier temps, je retourne chez mes parents. C’est très dur car je suis enceinte, mais en plus, je subis une rupture qui me semble insurmontable, pendant que mon cher ex prend plaisir à me raconter ce qu’il fait au lit avec sa nouvelle copine… 

Ma mère me prend rendez-vous au planning familial. On parle d’avortement, j’entends encore une fois que je suis à un stade trop limite pour la France… On me parle de la Hollande… De voyage organisé en car, qui emmène les jeunes filles devant se faire avorter dans une super clinique faite pour ça… J’en viens à dire oui, ne trouvant pas d’autre issue. Mon père refuse que je garde mon bébé, qui devait s’appeler Mathys , d’ailleurs. J’avais choisi son prénom, je sentais les fameuses bulles dans mon ventre, preuve que la vie se formait dans mon utérus…Mon père m’avait bien fait comprendre que si je gardais ce bébé, je devrais partir dans un foyer de jeune fille et que je devrais me débrouiller.

Je pris donc la décision d’allez me faire avorter en Hollande. Mais seulement si ma mère m’accompagnait elle même, j’avais beaucoup trop besoin du soutien d’un proche.

J’en parle au papa tout de même, car c’est quand même le père, je me dis qu’il pourrait prendre conscience que je suis sur le point d’interrompre ma grossesse.

Je me dis qu’il va peut être venir me chercher, qu’il va s’excuser , qu’il va regretter sa décision… Au lieu de ça, il me raconte comment il baise sa nouvelle copine dans des ruelles.

Je suis déjà brisée à ce moment là, mais même si ça ne me semblait pas possible, je vais encore plus mal.

Malgré tout, je change soudainement d’avis, je veux mon bébé!

Je vais me débrouiller, je me battrais pour lui, pour nous, je veux mon fils dans mes bras, je veux le voir grandir, je veux l’aimer. J’en parle à ma mère, je lui explique que je ne veux pas partir le lendemain en Hollande, que je veux garder mon bébé. En réaction, elle me balance mon tiroir de table de nuit en pleine face puis m’agrippe les bras , me pince, me hurle dessus, me disant que tout est payé, que tout est organisé et que nous partirons bien le lendemain, coûte que coûte!

Je n’ai que mes parents à ce moment là. Et encore une fois, je suis fragile, pas du tout remise de ma rupture, mal au plus haut point… Alors je laisse faire, je ne me défends pas, demain, nous irons en Hollande.

Nous sommes arrivées en Hollande la veille de la date de l’avortement. Je me souviens seulement d’un fast food dans lequel nous avons grignoté un bout histoire de, et d’un hôtel miteux dans lequel nous avons dormies, ma mère et moi, dans le même lit. Une nuit affreuse. J’aurais tant aimer découvrir ce pays dans d’autres circonstances. Du coup, je hais la Hollande! Plus jamais je ne veux y mettre un pied.

Le lendemain, nous avons rendez-vous dans la fameuse clinique. C’est un hôpital destiné exclusivement aux avortements, en tout cas c’est ainsi que je m’en souviens. Le centre IVG s’appelle « Beahuis & Bloemenhovekliniek ».

Nous sommes donc le 12 Mars 2010. Je suis dans une grande salle d’attente avec ma mère, je complète un questionnaire, beaucoup de jeunes filles autour de moi, des femmes plus vieilles également… L’ambiance est lourde, triste, morne. 

On m’appelle, je rends le questionnaire et on m’invite à suivre un médecin qui parle français. Elle me pose des questions, me pèse, m’ausculte. Elle voit mes bleus sur les bras, elle me demande qui m’a fait ça, je réponds que c’est le papa . Ma mère m’avait ordonné de donner cette réponse au cas où on me poserait la question. 

Ensuite, on me demande de m’allonger, c’est le moment de la dernière échographie. 

Le médecin me propose de regarder l’écran si je le souhaite, je refuse. 

Je refuse car je sais que mon bébé a grandi en moi depuis ma précédente échographie, et je ne veux pas voir, je ne veux pas savoir, pour ne pas souffrir davantage (c’est ce que je pense sur le moment). Une fois les examens passés, on m’invite à monter un ou plusieurs étages, je ne me souviens plus. Ma mère ne peut pas m’accompagner. On l’invite à partir et à revenir dans quelques heures. 

Je me retrouve donc là, dans cette pièce pleine de lits blancs. Dans un pays que je ne connais pas, dans un hôpital que je ne connais pas, avec des personnes qui parlent une langue que je ne comprends pas et que je ne parle pas. On me donne une longue chemise de nuit blanche, on me dit de prendre une douche puis d’attendre ensuite que les infirmières viennent me chercher. 

Deux femmes viennent vers moi, puis m’accompagnent à pied dans la salle d’opération. 

Ce n’est pas comme en France, où on vous installe dans un lit, puis on vous emmène au bloc. En Hollande, ou en tout cas dans cette clinique, vous y allez de vous même, à pied. Je ne sais pas pourquoi mais c’est une chose qui m’a choquée, comme si c’était un acte tout à fait banal et anodin. 

On me dit de m’allonger sur le lit, table d’opération? Je ne sais pas comment ils appellent ça. Je vois des machins, un médecin qui ne m’adresse pas un mot, qui m’ignore totalement. Les infirmières, elles, sont gentilles. On me demande de mettre mes pieds dans les étriers. L’une des infirmières est occupée à je ne sais quoi pendant que l’autre me parle gentiment, tient ma main, et me demande de lui dire d’où je viens, ce que je fais dans la vie… Puis plus rien.

Je me réveille en sursaut , je vois le bip, les lits blancs avec des rideaux immaculés autour de moi. Je réalise où je suis et je m’effondre en pleurs. Je regrette tellement ce qui vient d’être fait. Ce qui était dans mon ventre et grandissait, évoluait chaque jour est maintenant mort, n’existe plus, comme s’il n’y avait jamais rien eu. 

À cet instant, quelques chose s’est cassé définitivement en moi.

Une fois que j’ai grignoté un bout de gâteau et que j’ai uriné ( je mens aux infirmières, je dis que c’est fait alors que pas du tout, mais tout ce que je veux, c’est partir d’ici au plus vite), nous signons un dernier papier et je rejoins ma mère.

La première chose qu’elle me dit , c’est : « Je regrette ce que nous venons de faire, nous n’aurions jamais dû », ça m’a encore plus anéantie. Elle aurait dû s’abstenir, car si nous étions là, c’était de sa faute à elle.  Si j’étais vide comme je l’étais, c’est parce qu’elle avait refusé de m’écouter et de me soutenir lorsque j’ai changé d’avis.

Je ne rentrerais pas plus que ça dans les détails quant à la suite des événements, je suis retournée avec le papa… Ne me demandez pas pourquoi, parfois, on fait des choses qui nous dépassent. Le cœur a ses raisons.. Vous connaissez la suite. Toujours est-il qu’un an et demi plus tard, je suis tombée enceinte. D’une petite fille cette fois.

J’ai subi un véritable lynchage de la part de la famille de mon compagnon. Des insultes de toutes part (car bien sûr, j’ai subi un précédent lynchage après mon avortement, mais il a fallu que ça continue ensuite, parce que j’osais donner la vie à un enfant un an et demi après mon IVG, folle que je suis! )

« Vous allez l’avorter aussi, celle là? « ? , « Elle est vraiment désirée? » « Tuer son bébé pour en faire un autre un an et demi après? « . Je vous en passe et des meilleures. 

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui ma fille a 8 ans, elle est bel et bien là et est en parfaite santé. 

Sauf que je n’ai jamais consulté de psy au sujet de mon avortement, je n’ai donc jamais été soignée pour tout ce que j’ai traversé. J’ai donc eu très peu de ventre lors de ma grossesse. J’ai même perdu du poids. Suite a mon accouchement, je suis tombée dans une très lourde dépression post-partum. Je ne voulais pas toucher ma fille, je ne voulais pas m’en occuper, je ne la supportais pas. 

Je ne m’alimentais plus, j’ai perdu 20 kilos en deux mois. Je suis ensuite tombée dans une anorexie mentale. Je ne supportais plus les pleurs de ma fille ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis traumatisée par les pleurs des enfants, surtout des bébés, ils me font une peur folle. 

J’ai subi d’autres avortements depuis, car je voulais un autre enfant, mais le traumatisme de ma dépression post-partum était trop lourd et je ne pouvais tout simplement pas. Le plus triste est que mon premier avortement a été tellement violent pour moi psychologiquement que j’en ai banalisé cet acte quand il a été médicamenteux. 

J’en ai honte, mais c’est ainsi. Mon avortement m’a rendu plus froide, il a bousillé une grande partie de ma joie, une grande partie de moi et ce à tout jamais. Encore aujourd’hui, j’ai une relation difficile avec ma fille, car le lien ne s’est pas fait naturellement à sa naissance à cause de la dépression. Je ne m’étalerais pas sur ce sujet car c’est très douloureux pour moi, mais en bref, je n’arrive pas à m’ouvrir à elle, à lui faire des câlins et des bisous. Je sais qu’elle en souffre, mais je suis fermée, à cause de tout ce que j’ai subi. 

Peut-être qu’un jour, j’en parlerais plus ouvertement, tout ce que j’espère, c’est qu’un jour, j’arriverais à être plus proche d’elle. 

En ce qui concerne Mathys, il fera toujours partie de moi, de ma vie. Je l’ai avec moi en permanence d’une certaine manière, car j’ai un pendentif dans lequel j’ai glissé une photo de son échographie, que j’ai toujours sur moi.  C’est tout ce qu’il me reste de lui. 

Aujourd’hui je suis cassée, j’évite les gynécologues comme la peste car la dernière fois que j’ai dû en voir un, rien que le fait de mettre mes pieds dans des étriers, je me suis effondrée. Je ne vais pas voir les bébés que mes proches mettent au monde car je ne le supporte plus, ça me fend le cœur à chaque fois et je suis jalouse de leur bonheur, de ce lien qui se fait naturellement entre maman et son bébé. De ces petits garçons qui naissent alors que j’ai tué le mien. Qu’il devrait être avec moi aujourd’hui et qu’il aurait 10 ans. 

Parfois, j’ai des crises de larmes soudaines, parce que je pense à lui, à ce que j’ai fait. Je culpabilise et je donnerais tout pour retourner en arrière. Mais je ne le peux pas.. Je pleure encore en ce moment en écrivant tout ceci, mais il est important de partager ces expériences afin que vous autres qui avez peut-être subi ce genre d’expériences, vous sentiez moins seules. 

Je vais m’arrêtez là car je pense avoir dit le principal . Je finirais par ce conseil, si vous avez avorté ne regardez pas le film « Unpregnant », jamais. Je l’ai regardé il y a peu et il m’a définitivement bousillée.

Cœur sur vous 

Mathys

#9 Mon ex m’a violée

TW : agression sexuelle, viol

Longtemps, je l’ai considéré comme l’homme de ma vie. Il était tellement beau, intelligent, cultivé. Je le mettais sur un piédestal. Au début de notre relation, lui comme moi évoluions dans le milieu de la nuit. Il était le chéri de ces dames. Mais il n’avait d’yeux que pour moi. Moi, la provinciale un peu timide et maladroite, j’intéressais le mec le plus assuré et le plus convoité du quartier. Je me sentais bénie des Dieux.

Faire l’amour avec lui, c’était grandiose. Il m’a donné mon premier orgasme vaginal, alors que je n’imaginais pas ça possible. Je l’ai fait jouir au point qu’il en tremble, alors qu’il n’imaginait pas ça possible lui non plus. En sept ans de relation, je ne me suis presque jamais lassée. D’autant que lui comme moi étions de parfaites âmes sœurs sur ce plan. Qu’on se le dise, j’aime le sexe. Je ne m’en cache pas et je n’ai pas honte de passer pour une fille facile. Lui aimait se décrire comme “un gros baiseur” et se plaisait à raconter qu’il avait trouvé “la salope idéale”

Lui et moi faisons partie de ces gens qui n’ont que peu de limites en la matière. Les limites sont, pour nous, faites pour être transgressées. Dans le respect du consentement et de la légalité toutefois, n’allez pas vous méprendre. Or, malgré tout, la frontière est devenue floue et la ligne rouge a été franchie. L’acte, je n’ai pas tant besoin de le décrire. Je me suis débattue, j’ai dit “non” parce qu’il me faisait réellement mal, il a répondu que je lui appartenais, a déchiré ma culotte et m’a pénétrée de force. Sur le coup, je crois ne pas avoir eu conscience de ce qu’il m’arrivait. J’ai simulé un certain plaisir pour qu’il se radoucisse. Il a éjaculé. Je l’ai embrassé et je suis partie pleurer sous la douche pour ne pas qu’il m’entende. Sans vraiment savoir pourquoi.

Mon histoire est un cliché de viol conjugual. Mon histoire ressemble à toutes les autres. Ceci implique que j’ai culpabilisé. J’aime être dominée, salement dominée, inverser même les rôles quand le partenaire sait me guider doucement vers ce jeu. Or, lui est un dominant sans concession. Et je l’ai laissé être un dominant sans concession. Il avait toute ma confiance. Je m’étais donnée entièrement à lui. J’avais dit : “Non, tu me fais mal”, tellement de fois sans le penser – parce ça nous excitait tous les deux – que je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. Il ne pouvait pas savoir que ce jour-là, le “non” était réel.

Je n’ai pas compris que c’était un viol. J’ai simplement pensé que des fois, on prend moins son pied que d’autres. En presque dix ans de relation, il fallait forcément que ça nous arrive à nous aussi. D’autant plus que je l’aimais. Malgré ça, je l’aimais. On est resté encore un moment ensemble. Un an ou six mois, je ne saurais plus vraiment dire. Néanmoins, quelque chose s’est brisé entre nous cette nuit-là. Après ça, je ne prenais plus vraiment plaisir à coucher avec lui. Avec les autres, si. Avec lui, plus jamais. Dans l’intimité, les choses sont devenues étranges. Il ne m’a violée que cette seule et unique fois. Ensuite, quand nous faisions l’amour, s’il prenait toujours la posture du dominant, il répétait sans cesse des phrases comme : “Je t’aime tellement, ma belle.” Ou, plus bizarre encore : “Je ne te ferais jamais de mal.”

Par ailleurs, mon ex était toxicomane. Sa dépendance est devenue trop lourde à assumer pour moi. Je ne pouvais pas le sauver, lui seul était en mesure de s’en sortir. Je suis donc partie. Et même très loin. Je venais de perdre mon travail et mon propriétaire avait reloué mon appartement au terme du bail. Cumulant les CDD, j’avais trop tarder à le renouveler, ne sachant pas quels allaient être mes revenus à long terme. J’ai donc rejoint ma ville natale, retour chez mes parents, contrainte et forcée. Il fallait pourtant que je parte. Car face à lui, je demeurais faible. À entendre ses supplications, mon cœur continuait de s’emballer. Je me souviens d’un soir où mon téléphone n’arrêtait pas de sonner. Il m’appelait pour me dire des banalités comme : “J’ai vu Bubba Ho-Tep hier soir. Forcément, y’avait Bruce Campbell, j’ai pensé à toi.” J’adore Bruce Campbell. Peu de gens connaissent Bruce Campbell. Lentement, je m’apprêtais à fondre. Soudain, le compagnon de mon meilleur ami s’est interposé entre moi et le combiné. “Arrête. Il sait exactement sur quels boutons appuyer. C’est trop facile.”

Je suis bien partie, mais je suis restée faible. Je lui ai dit qu’il ferait toujours partie de ma vie. Et il en a fait longtemps partie jusqu’à il y a peu. Des années durant, on s’est écrit de manière sporadique. On s’est croisé au hasard de connaissances communes. À chaque fois, il me disait combien j’étais belle et rayonnante. On renouait le dialogue plus profondément parfois, par message, échangeant sur les tournants que prenaient nos vies. Jusqu’au jour où… j’ai pris conscience qu’il m’avait violée. C’était il y a deux ans. J’ai eu un grave épisode de dépression. Un soir, je suis montée sur le bord de ma fenêtre, prête à sauter. Quand je me suis rendue compte de ce que je m’apprêtais à faire, j’ai décidé d’entamer une thérapie.

Et puis, lors d’une séance où la discussion tournait autour de mes relations amoureuses, j’ai lâché à ma psy : “Je crois qu’il m’a violée.” J’ai tout déballé. Elle m’a simplement confirmé mon sentiment et m’a déculpabilisée. Notamment en m’expliquant que mon goût pour le sexe était, certes, proéminent, mais qu’il n’y avait rien de malsain chez moi. Elle m’a surtout dit que j’avais beau aimer qu’on me malmène, rien ne justifiait que l’on sorte du cadre du jeu pour me faire réellement mal sur le plan psychique. Si je l’avais ressenti comme tel, c’est qu’il y avait effectivement eu un problème. J’ai cogité pendant des mois là-dessus. Une question me hantait. J’avais besoin de savoir. Alors, j’ai fini par lui taper ce message : “Est-ce que tu sais que tu m’as violée ?” La réponse fut sans appel : “Oui. Et depuis, je suis rongé par le remords. »

Me sont revenus en mémoire ces mots : “Je ne te ferais jamais de mal.” Les avait-il prononcés par culpabilité, sachant très bien ce qu’il m’avait fait ? “Oui, j’ai toujours su que je t’avais sciemment fait du mal ce soir-là. Je t’aimais tellement et je t’aime encore si fort… Tu es certainement l’une des personnes que j’aime le plus au monde. Avoir osé te faire ça, malgré tout l’amour que je ressens pour toi… Je n’arrive plus à me regarder en face depuis que c’est arrivé, depuis des années. Je n’ai pas d’excuses. Rien n’excuse ça.” Non, en effet. Jamais je ne lui pardonnerais. Et il le sait. Je vous résume ici des mois entiers de discussion. Le questionnement fut long. Je ne sais pas pourquoi j’ai ressenti le besoin de déterrer tout ça, mais il m’est apparu comme vital de savoir ce qu’il lui était arrivé pour basculer dans cette violence. Je voulais comprendre.

Est arrivé le soir où j’ai enfin osé poser la question : “Pourquoi ?” Il m’a expliqué que nos échanges l’avaient fait prendre conscience de ce pourquoi. Que ça lui était, à lui aussi, salutaire. Même s’il ne se sentait pas mieux pour autant. “Longtemps, j’ai cru à un coup de folie. Tu le sais, je prenais beaucoup de drogues… J’avais envie de croire que c’était la drogue qui avait agi, pas moi. C’est faux. Elle a juste éveillé un cumul de frustrations qui s’est traduit par un accès de violence. Je te voyais débuter dans ton métier, tu étais brillante. Tu me parlais de ton chef, avec qui tu étais amie. Tu disais que tu l’admirais. J’étais fou de jalousie. Vis-à-vis de lui. Mais aussi, parce que j’avais la sensation que tu m’échappais, je me sentais démuni. Tu te construisais une nouvelle vie. Moi, je restais le lascar camé incapable de garder un emploi stable. J’avais envie de te baiser sauvagement comme pour te retenir, c’en est devenu de la rage. Et puis, tu as dit “non”… Pas le “non” habituel, pas celui que je voulais entendre. J’ai vu rouge.”

J’ai ainsi obtenu toutes mes réponses. Je me sens bizarrement apaisée. Toutefois, je n’ai pas officiellement rompu tout à fait le contact. Je n’ai juste pas répondu, je n’ai juste plus écrit… depuis longtemps. Il semble respecter mon silence. De même que je ne ressens plus cette envie de le confronter à nouveau. Je crois que nous sommes arrivés au bout de quelque chose. Il n’y a plus rien à dire. Je peux refermer la porte. Lui vit avec le poids de ses remords. Et j’avoue que j’ai beau être une personne fondamentalement bienveillante, voire même bien trop gentille… Quelque part, ce triste constat me ravit. 

#8 Weirdo

Petite, je n’aimais pas la viande. Les légumes me faisaient horreur, surtout les verts. Autant dire que le gigot sur son lit de petits pois était un calvaire, et toute cette sauce autour, rien que d’y penser je commence à avoir un haut-le-cœur. On disait de moi « elle est difficile ». Je me souviens de journées entières passées le nez au-dessus de mon assiette à attendre que l’heure tourne jusqu’au moment où, vaincus, mes grands-parents disaient «Tu es contente Camille ? Lève-toi de table et va te coucher ! ». Mes parents étaient beaucoup plus conciliants, je crois que ma mère était surtout inquiète pour ma santé, elle avait peur que je perde trop de poids, je n’étais déjà pas bien épaisse. Pourtant ma phobie de certains aliments n’avait rien à voir avec une envie d’être très mince ou de disparaître, j’étais une enfant joyeuse, j’étais bonne élève. Mais j’étais sélective dans le choix de mes aliments et contrairement à ce que pensaient mes parents, ça ne s’est pas estompé avec les années, bien au contraire.

Je n’ai jamais eu le sentiment d’être capricieuse, j’aurais voulu aimer tous les aliments comme mes copines, aller à la cantine tous les midis pour être avec elles plutôt qu’avec ma mère qui avait aménagé ses horaires pour être présente pendant ma pause déjeuner, j’aurais vraiment aimé avoir une vie plus simple. Ne pas devoir refuser le gâteau d’anniversaire des copines. Comment dire la vérité ? « Ton gâteau est trop spongieux, ça me donne la nausée, si je le mange je vais vomir ». J’ai appris à mentir et à me priver des petits bonheurs de l’enfance. Aux yeux de certains j’étais la weirdo et comme on le sait aucun enfant ne veut être un weirdo, je rêvais d’être dans la norme, « comme tout le monde », tout en sachant que jamais je ne pourrais manger comme les autres. Je pensais « je suis née comme ça ». C’était mon handicap non visible. J’avais une copine très grosse à qui je me confiais parce qu’elle aussi souffrait des quolibets des camarades de classe, à nous deux nous faisions une belle paire de weirdos (et nous le sommes toujours même si tu as maigri Solène, bisous au passage).

Aujourd’hui encore alors que je suis adulte, je me prive de certains évènements parce que c’est délicat d’expliquer à son entourage qu’on ne peut pas manger certains types d’aliments sous peine de faire une crise d’angoisse. L’aliment qui me dégoûte le plus c’est l’avocat, je n’en ai jamais mangé, je n’en mangerai jamais. La texture me donne envie de vomir rien qu’en l’écrivant. Je ne peux pas ingurgiter des aliments verts, c’est comme ça, c’est impossible à expliquer. Le problème peut être la couleur ou la texture, parfois les deux. La banane c’est pareil, je ne comprends pas comment on peut avoir envie d’en manger. Les plats en sauce, c’est impossible. Le poisson je ne peux pas non plus surtout à cause de l’odeur, l’odeur peut constituer un frein. Je n’ai pas mangé de viande depuis une éternité, de temps à autre j’arrive à manger du poulet s’il ne ressemble pas à du poulet (les nuggets c’est ok). Toute ma vie j’ai entendu « Mais tu peux pas savoir si t’as pas essayé », c’est une phrase très dure parce que je sais que je ne peux pas manger un aliment qui me dégoûte visuellement, je le ressens dans mon corps, si par malheur j’essayais, ce qui est déjà arrivé notamment lorsque mes grands-parents me forçaient, c’est le vomi à coup sûr. Je n’en peux plus d’entendre « Même pas les fraises ?! », comment leur dire que moi les fraises rien que de les regarder je me sens mal, aujourd’hui ça va mais quand j’étais petite je ne restais pas dans la cuisine si je savais que ma mère avait rapporté des fraises du marché…

Depuis toujours on pense que j’exagère. Je suis allée voir je ne sais combien de psys (mes parents étant tous deux médecins). Puis il y a quelques semaines, je découvre un mot qui explique mes maux : la néophobie alimentaire, à travers le compte Instagram @team_neophobie. Je lis les témoignages des uns et des autres et je me sens moins seule, il y a d’autres femmes qui comme moi ne peuvent pas avoir plus de deux couleurs dans leur assiette, je lis « je mange des tomates crues mais jamais cuites » le sourire aux lèvres, d’ailleurs moi je mange des tomates crues mais sans peau, je ne supporte la peau d’aucun fruit ou légume. Je n’étais plus la seule à ne supporter les légumes qu’en soupe maison et mixés. Comme moi il y avait des gens qui ne pouvaient pas manger des yaourts aux fruits avec des morceaux dedans ! Je me suis sentie libérée. Je suis en train de décomplexer tout ça, c’est vrai que mes repas ne sont pas très variés, je mange souvent du riz à la sauce tomate ou des pâtes avec du pesto, des fruits en compote ou du pain, mais j’ai la chance d’avoir un compagnon qui est vegan et qui est lui aussi ostracisé, à nous deux nous faisons un bon couple de weirdos, à croire que c’est un peu mon destin !

#7 Handicapée, et alors ?

            Je suis née multi-handicaps !!!

Je n’ai pas d’équilibre, je marche avec deux cannes mais je ne peux pas rester debout très longtemps et lorsque je dois parcourir une longue distance je dois utiliser un fauteuil roulant. Je ne vois pas suffisamment… pour passer mon permis… mais pas que.

Bref je suis moi !

            Bon je ne vais pas vous mentir être handicapée n’a pas été et n’est toujours pas simple…

Toutefois, je crois que la période la plus difficile a été l’adolescence. En effet, l’acceptation de soi n’a pas été chose facile. Je me sentais souvent rejetée, seule et incomprise car il m’a été longtemps difficile de mettre des mots sur ce que je ressentais. Mais, comment aurais-je pu expliquer quelque chose que les autres, même mes proches ne peuvent pas comprendre car ils ne sont pas et ne seront jamais à ma place. Les moqueries des autres enfants n’ont pas aidées non plus… car oui, j’ai eu la chance, avec quelques aménagements et une Auxiliaire de Vie Scolaire, (pour ceux qui ne savent pas ce que c’est allez voir sur Google, il vous donnera une meilleure définition que moi) de suivre une scolarité à peu près normale. J’ai même réussi à obtenir mon bac Sciences Techniques du  Management et de la Gestion (si vous voulez quelques explications allez voir Google, il vous expliquera) avec mention bien. Je sais, ça peu paraître un peu débile mais pour moi c’est important de le préciser, et puis je vais vous dire, ça a été tellement la galère pour l’avoir que ça relève presque de l’exploit. J’ai poursuivi mes études avec un BTS Assistant Manager que j’ai également obtenu et au cours du duquel j’ai pu effectuer des stages en entreprise.

            Au quotidien mon  handicap est assez lourd à porter, je vis avec des douleurs permanentes, avec la peur de tomber à chaque pas que je fais. Même si je suis bien entourée, il m’arrive parfois encore de me sentir seule et d’avoir des périodes de mélancolie sans trop savoir pourquoi.

            Aujourd’hui, j’ai quitté le cocon familial (ce qui au départ n’était pas gagné, je dirais même que c’était inespéré) et vivre au quotidien avec un handicap lorsqu’on vit seule, ce n’est pas de la tarte !!! Je dois anticiper la moindre chute pour ne pas risquer de me faire mal. Je dois donc adapter mon environnement, par exemple installer un siège et des barres de maintien dans la douche pour éviter de glisser, ou encore, être vigilante lorsque que je marche pour ne pas tomber. Mais, vivre seule avec un handicap c’est aussi trouver des astuces pour accomplir des tâches banales du quotidien par exemple fabriquer une « perche » avec un bout de bois et un crochet pour ouvrir ma fenêtre ou attraper mon paquet de papier toilette à « deux mètres de hauteur » sur une étagère (ce qui n’est pas évident à attraper lorsque l’on mesure 1m60 de long !!!)

            Bon, soyons un peu plus gai… parce que, même si être handicapée est assez chiant (il faut bien l’avouer), je dois admettre qu’il y a aussi certains avantages comme par exemple ne pas faire la queue à la caisse d’un magasin, ou encore, (moi qui adore visiter des musées), ne pas faire la queue à l’entrée d’un musée… heureusement qu’il y a des avantages sinon c’est pas drôle (je rigole).

            A part ce petit détail du handicap (qui prend quand même une grande place dans ma vie), je suis une personne joyeuse qui a beaucoup d’humour (mais ça vous l’aurez peut-être remarqué), je pense que rire et qui plus est de soi-même m’aide à voir la vie du bon coté. A part ça, j’aime lire, regarder des films et des séries, voyager, visiter des musées ou des monuments historiques, aller au cinéma, aller voir des pièces de théâtre… juste profiter des plaisirs simples de la vie.

            Ah oui j’allais oublier, LE sujet hyper important pour toutes les filles ou presque LES MECS… si la plupart des filles rêvent du prince charmant, de la belle robe blanche lors de leur mariage, de la belle maison, des enfants sans oublier le chien (très important le chien) … bref vivre un vrai conte de fée… moi ce n’est pas mon cas. Pour tout vous dire, je n’ai jamais cherché, et je ne cherche toujours pas d’ailleurs à trouver quelqu’un pour partager ma vie, ma foi, ça arrivera quand ça devra arriver je ne suis pas pressée. Et puis, si un jour, je rencontre le prince charmant, il aura bien du courage parce qu’il faut me supporter (et, croyez moi, je ne suis pas facile tous les jours…).

            En ce qui concerne le mariage… je ne suis pas contre, mais je ne suis pas pour non plus. Pour moi, on peut s’aimer et vivre ensemble sans passer par le mariage. C’est bien, au moins, si un jour je ne m’entends plus avec Mr. Charmant (c’est le nom que j’ai donné à mon futur prince charmant  pour le texte), on se dira au revoir et chacun reprendra sa route. On aura économisé un divorce. Cependant, s’il me fait une demande comme celles que l’on voit dans les films je ne dirais pas non.

            Pour la question des enfants, (soyons un peu plus sérieux) avant de répondre à cette question il faut que vous sachez que mon handicap n’est pas génétique. Cependant, certains handicaps ne se voient pas lors des échographies et ne se découvrent qu’a la naissance (et pour ma part, je ne me vois pas avorter).

Personnellement, je ne me vois pas avoir d’enfants. Je ne voudrais pas imposer mon handicap, ni être un poids à un enfant qui n’aurait rien demandé. Je ne souhaiterais pas non plus  avoir un enfant handicapé, non pas que je n’aime pas les personnes handicapées bien au contraire, mais parce que je sais ce que c’est de vivre avec un handicap au quotidien, je connais les difficultés quotidiennes que l’on peut rencontrer lorsque l’on est handicapé : la scolarisation, l’acceptation de soi, le regard des autres, les moqueries… et j’en passe !

Malheureusement ou heureusement pour eux, (ça c’est à eux de juger) je suis née handicapée. Mes parents n’ont donc pas eu d’autres choix que de m’accueillir comme j’étais, et j’ai eu de la chance ils m’ont gardée (je rigole, je sais, c’est une blague de mauvais goût mais que voulez-vous, j’ai un humour pourri). Élever un enfant handicapé n’est pas chose facile au quotidien. Même si, je trouve qu’ils s’en sont remarquablement bien sortis malgré toutes les difficultés qu’ils ont pu rencontrer, que je les aime, et que je ne les remercierais jamais assez pour l’éducation qu’ils m’ont donné afin que je puisse devenir la jeune femme que je suis aujourd’hui, je ne pense pas être aussi forte qu’eux pour faire le même parcours.

Moi, contrairement à mes parents qui n’ont pas eu le choix, J’AI le choix et je ne voudrais pas que mon enfant, au risque qu’il soit handicapé, ait à vivre ce que j’ai vécu et ce que je vis au quotidien. Je choisis donc de ne pas avoir d’enfants mais ce n’est pas pour cela que je ne peux pas être heureuse !!

            Bref, je terminerais par ces quelques mots.. être handicapée est difficile à vivre au quotidien mais c’est grâce à ce handicap, je dirais même cette petite imperfection, que je suis devenue la jeune femme de 22 ans qui vous écrit aujourd’hui. Je suis fière d’être qui je suis. Je veux profiter de la vie, vivre chaque moment intensément parce que  la vie est belle et qu’elle vaut la peine d’être vécue… alors soyons heureux et profitons de la vie !

#6 J’ai une naviculite fissuraire dans ma vie

Je ne parviens pas à me souvenir exactement quand ça a commencé, avec qui, dans quelles circonstances.

Je me souviens avoir vu du sang sur le papier toilette un soir après avoir fait l’amour. Une sensation de déchirure. Comme une coupure à la feuille de papier oui mais pas entre les doigts, à l’entrée de mon vagin… incompréhensible.

Je me suis dit que ça avait un peu chauffé lors du rapport, ou que je devais être sèche ou que… Je ne sais pas.

Mais c’est là que tu es arrivée dans ma vie. 

Avant tout était cool, j’aime le sexe, je suis à l’aise, je prends du plaisir seule ou à deux. C’était avant toi.

Mais tu n’as pas porté de nom au début non… Je t’ai bien caché.

Pourtant j’ai pensé à toi à chaque instant.

Dès le commencement, dès les premiers baisers tu es là. Quand ma culotte descend sur mes cuisses tu es là, je le sais, tu attends, tu me fais croire que ça va bien se passer mais non.

La pénétration comme une lame de rasoir, l’excitation te camoufle un peu mais tu es là.

Le sang sur le papier toilette, la brûlure quand je fais pipi, la crème cicatrisante sur la plaie ouverte. Ça te fait bien marrer car tu reviens.

J’en parle à une gynéco il y a bien 10 ans. Elle me dit d’utiliser du lubrifiant. Je me revois sortir de la pharmacie avec le sourire, je me revois mettre du lubrifiant en cachette le soir venu. Je me sens détendue, il me pénètre et là c’est encore plus violent, comme si ça t’avais ouvert encore plus vite et plus fort. Le sang encore plus. Plusieurs jours…

Je ne veux plus faire l’amour. Je repousse les avances de Monsieur, j’en souffre, lui aussi.

Je ne sais pas si c’est ça qui l’a poussé à me tromper, à m’ignorer pour finir par me quitter?

Les années passent, les mecs aussi.

Des échecs.

Jusqu’à Lui.

Je dis rien. J’ai mal. Heureusement on se voit peu. J’ai le temps de cicatriser.

L’été dernier il m’a vu dans la salle de bain. Il a vu du sang sur un mouchoir. Non c’est pas mes règles. C’est elle.

Et là je lui explique.

Il reste assis sur le rebord de la baignoire complètement abasourdi.

Il me dit d’aller voir un gynéco, d’en parler vraiment.

Il y a deux mois j’ai vu le gynéco qui t’a donné un nom: naviculite fissuraire.

Une fissure récidivante de la fourchette vaginale. Une crème à base d’acide hyaluronique, de la patience et une opération possible. Te découper. En finir avec toi.

Je lui en parle.

Je me renseigne. Je ne suis pas seule.

Il me donne de l’argent pour financer l’achat d’un kit de dilatation vaginale. Il me demande de prendre du temps, d’être perséverante. Éviter cette opération que je redoute.

Tu es toujours là. Tu ne saignes plus depuis presque un mois. Je sens bien que tu résistes quand je te masse, quand je respire pour me détendre lorsque la mèche de dilatation est en moi. 

J’ai 45 ans, je me réapproprie mon corps. Tu as maintenant un nom et je compte bien t’oublier.

#2 : Je déteste ma couleur de peau

Mon père est noir et ma mère est blanche. Pour qualifier la couleur de peau des métisses il y a toujours des mots liés à la nourriture comme caramel, chocolat au lait, pain d’épice alors que pour les peaux blanches c’est toujours « blanc », rien d’autre. Les hommes eux font souvent référence aux femmes de couleur avec des termes animaliers : nous sommes des « panthères », des « tigresses », j’entends aussi souvent « Tu es exotique » comme si j’étais devenue un fruit. Je ne suis pas un objet, je suis une jeune femme qui a du mal avec son identité.

Je déteste ma couleur de peau. J’aurais aimé être soit noire soit blanche, pas un mélange des deux. Je ne connais pas mon père, je sais juste qu’il est sénégalais et qu’il est parti quand ma mère est tombée enceinte. Il ne m’a jamais reconnue, en même temps ma mère ne préférait pas pour toucher les allocations. Dans un sens, c’est mieux comme ça parce que sur mon CV le nom français de ma mère passe mieux. Je suis fille unique, je ne peux parler à personne, mes copines sont toutes blanches, pas comme moi. J’ai essayé de parler à ma mère mais le problème c’est que ma mère aurait rêvé avoir ma couleur de peau, elle déteste être blanche. Depuis mon père, elle n’a eu que des relations avec des hommes noirs, je ne sais pas si c’est en réaction à sa famille normande très raciste. Je n’ai pas eu de beau-père attitré, pas de figure paternelle, en dehors de mon grand-père raciste qui dit « Toi c’est pas pareil et puis tu n’es pas noire heureusement ! »…

Je ne me sens pas du tout noire ou africaine alors que ce sont mes origines. C’est comme si j’étais née avec la mauvaise identité. La famille de mon père ne sait pas que j’existe ou ils font semblant de ne pas savoir. Si j’avais été un garçon ç’aurait été différent j’imagine. J’ai vu mon père une seule fois quand j’avais huit ans, je ne m’en souviens pas vraiment. Je sais juste que j’ai les mêmes yeux noirs, le même nez que je trouve trop gros et les lèvres épaisses. Je me trouve vraiment moche, j’ai une tête de noire avec la peau claire, je trouve que ça ne va pas ensemble. Les noirs pensent que je suis blanche et les blancs pensent que je suis noire. Je suis perdue entre les deux. Je me sens française parce que la France est mon pays mais je sens que ma couleur de peau en dérangent certains, j’ai déjà entendu des insultes racistes sur mon passage et à chaque fois ça fait mal. Je n’ai pas choisie ma couleur de peau.

Les rares fois où j’ai osé parler de ma couleur de peau avec des copines, on m’a toujours dit des banalités du genre « Tu dois être fière de ta couleur » ou « Tu as de la chance d’avoir une belle couleur de peau ». Je sais que c’est gentil, ça part d’une bonne intention. Mais c’est facile à dire quand on est blanc et qu’on ne subit pas le racisme et les petites phrases assassines. C’est pas juste un complexe, c’est un mal-être. Je n’ai jamais eu de copains, les noirs ne m’attirent pas et les blancs… je ne veux pas être la victime d’un homme qui voudra juste « se taper une black ». J’ai déjà entendu «Tu dois bien bouger au lit, toi ! ». C’est écœurant et ça me fait très peur. Je n’ai pas de solution. On me dit que je suis jeune et que je vais finir par m’aimer mais je connais des femmes de trente ou quarante ans qui ne s’aiment pas non plus. Il y a des femmes qui ne s’aiment jamais ! Des fois je me dis que la solution c’est peut-être de changer de pays, d’aller là où je connais personne, où je pourrais vivre sans le poids de cette famille blanche qui me voit comme une erreur de jeunesse de ma mère et cette famille noire qui est absente.

Si quelqu’un ressent la même chose que moi merci de mettre un commentaire, et pour les autres, soyez gentils, c’est dur pour moi de dire tout ça même anonymement.