#10 Quand j’avais 19 ans, je nous ai tués

TW : avortement, dépression post-partum

J’avais 19 ans. J’étais jeune, naïve également, comme on peut l’être à 19 ans, mais surtout, j’étais très amoureuse. Trop amoureuse peut être, dépendante de lui, aussi. Nous étions ensemble depuis mes 16 ans. C’était mon premier véritable amour. Pour lui, j’aurais tout fait. 

Nous sommes partis dans le sud en vacances , pour fêter Noël avec sa famille. C’était la première fois que je les rencontrais tous. J’étais très stressée, pas seulement par le fait de faire leur rencontre, mais surtout parce que j’avais un retard de règles. Je fis rapidement un test de grossesse qui s’annonça positif ( + de 3 semaines).

Quand je l’annonce au papa, il est fou de joie, m’embrasse le ventre, m’embrasse tout court, crie à qui veut bien l’entendre qu’il va être papa… Je dois dire que je ne réfléchis pas aux éventuelles difficultés à être maman à mon âge, si nous allons assurer ou pas… Je suis emportée par sa joie à lui, et je me dis que tant qu’il est là, tout se passera bien!

Le temps passe et ma grossesse évolue doucement. Mes sautes d’humeur et mon sale caractère également… J’étais imbuvable, je l’admets. Je n’ai pas un caractère facile et je suis hypersensible ( je ne le savais pas encore à l’époque), ajoutez à cela les hormones, c’est une éruption volcanique qui se passe dans ma tête et mon corps ! Lui faisait du mieux qu’il pouvait pour me faire plaisir, pour combler mes moindres envies et mes caprices. Je n’arrivais pas à contrôler mon impulsivité et honnêtement, j’étais méchante, pas tout le temps bien sûr, mais je n’arrivais pas du tout à contrôler mes sautes d’humeur. Malgré tout, nous avions notre vie de couple, il semblait toujours aussi heureux de ma grossesse, il savait qu’il allait être papa… Je savais qu’il était là pour moi, alors je tenais le coup, pour lui, pour nous. 

Puis tout à coup, il devint distant. Il se mit a cacher son téléphone… Je l’accuse d’infidélité, il m’avoue qu’il a fait la rencontre d’une femme dans le cadre de son travail… Tout s’effondre. 

Il dit que c’est à cause de moi, à cause de mon sale caractère, je ne lui rends pas la vie facile, etc

Il me dit que ce n’était qu’un dérapage, et que ça ne se reproduira pas. Arrive la date de la première échographie, celle des trois mois, mais je la fais deux semaines en retard car il n’y avait plus de place. Le futur papa ne peut pas m’accompagner, je vous laisse deviner que la suite risque de ne pas être très agréable. Mes parents m’accompagnent, moment très émouvant, surtout pour une première échographie, pour une première grossesse… Comme je suis à un stade un peu plus évolué et que bébé est bien placé, on m’annonce le sexe, un petit garçon, le rêve de presque tous les hommes! Je suis heureuse, comblée, même si le papa n’est pas avec moi à l’instant même… Nous partons fêter ça avec mes parents au restaurant pendant que je tente de joindre monsieur, en vain… Il finit par décrocher, et reste sans émotions à l’annonce de ce qui pour moi est une merveilleuse nouvelle…

Le soir, quand il rentre du travail, je lui montre l’échographie. Il la regarde à peine et m’annonce qu’il me quitte. Il voit toujours cette femme, il m’aime mais ne me supporte plus, il faut que je sois partie de l’appartement dans la semaine qui vient…

19 ans, sans logement, pas de travail, pas de permis, très fragile psychologiquement…. Je m’effondre, je n’ai plus rien et je ne me sens pas assez forte pour assumer, pour m’en sortir. 

J’en parle à ma mère qui sort le fameux mot « AVORTEMENT ». 

Mais je suis bien avancée dans ma grossesse ! Et est-ce que c’est vraiment la bonne solution? Est-ce que je pourrais obtenir l’aide et le soutien de mon père et ma mère? 

Dans un premier temps, je retourne chez mes parents. C’est très dur car je suis enceinte, mais en plus, je subis une rupture qui me semble insurmontable, pendant que mon cher ex prend plaisir à me raconter ce qu’il fait au lit avec sa nouvelle copine… 

Ma mère me prend rendez-vous au planning familial. On parle d’avortement, j’entends encore une fois que je suis à un stade trop limite pour la France… On me parle de la Hollande… De voyage organisé en car, qui emmène les jeunes filles devant se faire avorter dans une super clinique faite pour ça… J’en viens à dire oui, ne trouvant pas d’autre issue. Mon père refuse que je garde mon bébé, qui devait s’appeler Mathys , d’ailleurs. J’avais choisi son prénom, je sentais les fameuses bulles dans mon ventre, preuve que la vie se formait dans mon utérus…Mon père m’avait bien fait comprendre que si je gardais ce bébé, je devrais partir dans un foyer de jeune fille et que je devrais me débrouiller.

Je pris donc la décision d’allez me faire avorter en Hollande. Mais seulement si ma mère m’accompagnait elle même, j’avais beaucoup trop besoin du soutien d’un proche.

J’en parle au papa tout de même, car c’est quand même le père, je me dis qu’il pourrait prendre conscience que je suis sur le point d’interrompre ma grossesse.

Je me dis qu’il va peut être venir me chercher, qu’il va s’excuser , qu’il va regretter sa décision… Au lieu de ça, il me raconte comment il baise sa nouvelle copine dans des ruelles.

Je suis déjà brisée à ce moment là, mais même si ça ne me semblait pas possible, je vais encore plus mal.

Malgré tout, je change soudainement d’avis, je veux mon bébé!

Je vais me débrouiller, je me battrais pour lui, pour nous, je veux mon fils dans mes bras, je veux le voir grandir, je veux l’aimer. J’en parle à ma mère, je lui explique que je ne veux pas partir le lendemain en Hollande, que je veux garder mon bébé. En réaction, elle me balance mon tiroir de table de nuit en pleine face puis m’agrippe les bras , me pince, me hurle dessus, me disant que tout est payé, que tout est organisé et que nous partirons bien le lendemain, coûte que coûte!

Je n’ai que mes parents à ce moment là. Et encore une fois, je suis fragile, pas du tout remise de ma rupture, mal au plus haut point… Alors je laisse faire, je ne me défends pas, demain, nous irons en Hollande.

Nous sommes arrivées en Hollande la veille de la date de l’avortement. Je me souviens seulement d’un fast food dans lequel nous avons grignoté un bout histoire de, et d’un hôtel miteux dans lequel nous avons dormies, ma mère et moi, dans le même lit. Une nuit affreuse. J’aurais tant aimer découvrir ce pays dans d’autres circonstances. Du coup, je hais la Hollande! Plus jamais je ne veux y mettre un pied.

Le lendemain, nous avons rendez-vous dans la fameuse clinique. C’est un hôpital destiné exclusivement aux avortements, en tout cas c’est ainsi que je m’en souviens. Le centre IVG s’appelle « Beahuis & Bloemenhovekliniek ».

Nous sommes donc le 12 Mars 2010. Je suis dans une grande salle d’attente avec ma mère, je complète un questionnaire, beaucoup de jeunes filles autour de moi, des femmes plus vieilles également… L’ambiance est lourde, triste, morne. 

On m’appelle, je rends le questionnaire et on m’invite à suivre un médecin qui parle français. Elle me pose des questions, me pèse, m’ausculte. Elle voit mes bleus sur les bras, elle me demande qui m’a fait ça, je réponds que c’est le papa . Ma mère m’avait ordonné de donner cette réponse au cas où on me poserait la question. 

Ensuite, on me demande de m’allonger, c’est le moment de la dernière échographie. 

Le médecin me propose de regarder l’écran si je le souhaite, je refuse. 

Je refuse car je sais que mon bébé a grandi en moi depuis ma précédente échographie, et je ne veux pas voir, je ne veux pas savoir, pour ne pas souffrir davantage (c’est ce que je pense sur le moment). Une fois les examens passés, on m’invite à monter un ou plusieurs étages, je ne me souviens plus. Ma mère ne peut pas m’accompagner. On l’invite à partir et à revenir dans quelques heures. 

Je me retrouve donc là, dans cette pièce pleine de lits blancs. Dans un pays que je ne connais pas, dans un hôpital que je ne connais pas, avec des personnes qui parlent une langue que je ne comprends pas et que je ne parle pas. On me donne une longue chemise de nuit blanche, on me dit de prendre une douche puis d’attendre ensuite que les infirmières viennent me chercher. 

Deux femmes viennent vers moi, puis m’accompagnent à pied dans la salle d’opération. 

Ce n’est pas comme en France, où on vous installe dans un lit, puis on vous emmène au bloc. En Hollande, ou en tout cas dans cette clinique, vous y allez de vous même, à pied. Je ne sais pas pourquoi mais c’est une chose qui m’a choquée, comme si c’était un acte tout à fait banal et anodin. 

On me dit de m’allonger sur le lit, table d’opération? Je ne sais pas comment ils appellent ça. Je vois des machins, un médecin qui ne m’adresse pas un mot, qui m’ignore totalement. Les infirmières, elles, sont gentilles. On me demande de mettre mes pieds dans les étriers. L’une des infirmières est occupée à je ne sais quoi pendant que l’autre me parle gentiment, tient ma main, et me demande de lui dire d’où je viens, ce que je fais dans la vie… Puis plus rien.

Je me réveille en sursaut , je vois le bip, les lits blancs avec des rideaux immaculés autour de moi. Je réalise où je suis et je m’effondre en pleurs. Je regrette tellement ce qui vient d’être fait. Ce qui était dans mon ventre et grandissait, évoluait chaque jour est maintenant mort, n’existe plus, comme s’il n’y avait jamais rien eu. 

À cet instant, quelques chose s’est cassé définitivement en moi.

Une fois que j’ai grignoté un bout de gâteau et que j’ai uriné ( je mens aux infirmières, je dis que c’est fait alors que pas du tout, mais tout ce que je veux, c’est partir d’ici au plus vite), nous signons un dernier papier et je rejoins ma mère.

La première chose qu’elle me dit , c’est : « Je regrette ce que nous venons de faire, nous n’aurions jamais dû », ça m’a encore plus anéantie. Elle aurait dû s’abstenir, car si nous étions là, c’était de sa faute à elle.  Si j’étais vide comme je l’étais, c’est parce qu’elle avait refusé de m’écouter et de me soutenir lorsque j’ai changé d’avis.

Je ne rentrerais pas plus que ça dans les détails quant à la suite des événements, je suis retournée avec le papa… Ne me demandez pas pourquoi, parfois, on fait des choses qui nous dépassent. Le cœur a ses raisons.. Vous connaissez la suite. Toujours est-il qu’un an et demi plus tard, je suis tombée enceinte. D’une petite fille cette fois.

J’ai subi un véritable lynchage de la part de la famille de mon compagnon. Des insultes de toutes part (car bien sûr, j’ai subi un précédent lynchage après mon avortement, mais il a fallu que ça continue ensuite, parce que j’osais donner la vie à un enfant un an et demi après mon IVG, folle que je suis! )

« Vous allez l’avorter aussi, celle là? « ? , « Elle est vraiment désirée? » « Tuer son bébé pour en faire un autre un an et demi après? « . Je vous en passe et des meilleures. 

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui ma fille a 8 ans, elle est bel et bien là et est en parfaite santé. 

Sauf que je n’ai jamais consulté de psy au sujet de mon avortement, je n’ai donc jamais été soignée pour tout ce que j’ai traversé. J’ai donc eu très peu de ventre lors de ma grossesse. J’ai même perdu du poids. Suite a mon accouchement, je suis tombée dans une très lourde dépression post-partum. Je ne voulais pas toucher ma fille, je ne voulais pas m’en occuper, je ne la supportais pas. 

Je ne m’alimentais plus, j’ai perdu 20 kilos en deux mois. Je suis ensuite tombée dans une anorexie mentale. Je ne supportais plus les pleurs de ma fille ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis traumatisée par les pleurs des enfants, surtout des bébés, ils me font une peur folle. 

J’ai subi d’autres avortements depuis, car je voulais un autre enfant, mais le traumatisme de ma dépression post-partum était trop lourd et je ne pouvais tout simplement pas. Le plus triste est que mon premier avortement a été tellement violent pour moi psychologiquement que j’en ai banalisé cet acte quand il a été médicamenteux. 

J’en ai honte, mais c’est ainsi. Mon avortement m’a rendu plus froide, il a bousillé une grande partie de ma joie, une grande partie de moi et ce à tout jamais. Encore aujourd’hui, j’ai une relation difficile avec ma fille, car le lien ne s’est pas fait naturellement à sa naissance à cause de la dépression. Je ne m’étalerais pas sur ce sujet car c’est très douloureux pour moi, mais en bref, je n’arrive pas à m’ouvrir à elle, à lui faire des câlins et des bisous. Je sais qu’elle en souffre, mais je suis fermée, à cause de tout ce que j’ai subi. 

Peut-être qu’un jour, j’en parlerais plus ouvertement, tout ce que j’espère, c’est qu’un jour, j’arriverais à être plus proche d’elle. 

En ce qui concerne Mathys, il fera toujours partie de moi, de ma vie. Je l’ai avec moi en permanence d’une certaine manière, car j’ai un pendentif dans lequel j’ai glissé une photo de son échographie, que j’ai toujours sur moi.  C’est tout ce qu’il me reste de lui. 

Aujourd’hui je suis cassée, j’évite les gynécologues comme la peste car la dernière fois que j’ai dû en voir un, rien que le fait de mettre mes pieds dans des étriers, je me suis effondrée. Je ne vais pas voir les bébés que mes proches mettent au monde car je ne le supporte plus, ça me fend le cœur à chaque fois et je suis jalouse de leur bonheur, de ce lien qui se fait naturellement entre maman et son bébé. De ces petits garçons qui naissent alors que j’ai tué le mien. Qu’il devrait être avec moi aujourd’hui et qu’il aurait 10 ans. 

Parfois, j’ai des crises de larmes soudaines, parce que je pense à lui, à ce que j’ai fait. Je culpabilise et je donnerais tout pour retourner en arrière. Mais je ne le peux pas.. Je pleure encore en ce moment en écrivant tout ceci, mais il est important de partager ces expériences afin que vous autres qui avez peut-être subi ce genre d’expériences, vous sentiez moins seules. 

Je vais m’arrêtez là car je pense avoir dit le principal . Je finirais par ce conseil, si vous avez avorté ne regardez pas le film « Unpregnant », jamais. Je l’ai regardé il y a peu et il m’a définitivement bousillée.

Cœur sur vous 

Mathys

#8 Weirdo

Petite, je n’aimais pas la viande. Les légumes me faisaient horreur, surtout les verts. Autant dire que le gigot sur son lit de petits pois était un calvaire, et toute cette sauce autour, rien que d’y penser je commence à avoir un haut-le-cœur. On disait de moi « elle est difficile ». Je me souviens de journées entières passées le nez au-dessus de mon assiette à attendre que l’heure tourne jusqu’au moment où, vaincus, mes grands-parents disaient «Tu es contente Camille ? Lève-toi de table et va te coucher ! ». Mes parents étaient beaucoup plus conciliants, je crois que ma mère était surtout inquiète pour ma santé, elle avait peur que je perde trop de poids, je n’étais déjà pas bien épaisse. Pourtant ma phobie de certains aliments n’avait rien à voir avec une envie d’être très mince ou de disparaître, j’étais une enfant joyeuse, j’étais bonne élève. Mais j’étais sélective dans le choix de mes aliments et contrairement à ce que pensaient mes parents, ça ne s’est pas estompé avec les années, bien au contraire.

Je n’ai jamais eu le sentiment d’être capricieuse, j’aurais voulu aimer tous les aliments comme mes copines, aller à la cantine tous les midis pour être avec elles plutôt qu’avec ma mère qui avait aménagé ses horaires pour être présente pendant ma pause déjeuner, j’aurais vraiment aimé avoir une vie plus simple. Ne pas devoir refuser le gâteau d’anniversaire des copines. Comment dire la vérité ? « Ton gâteau est trop spongieux, ça me donne la nausée, si je le mange je vais vomir ». J’ai appris à mentir et à me priver des petits bonheurs de l’enfance. Aux yeux de certains j’étais la weirdo et comme on le sait aucun enfant ne veut être un weirdo, je rêvais d’être dans la norme, « comme tout le monde », tout en sachant que jamais je ne pourrais manger comme les autres. Je pensais « je suis née comme ça ». C’était mon handicap non visible. J’avais une copine très grosse à qui je me confiais parce qu’elle aussi souffrait des quolibets des camarades de classe, à nous deux nous faisions une belle paire de weirdos (et nous le sommes toujours même si tu as maigri Solène, bisous au passage).

Aujourd’hui encore alors que je suis adulte, je me prive de certains évènements parce que c’est délicat d’expliquer à son entourage qu’on ne peut pas manger certains types d’aliments sous peine de faire une crise d’angoisse. L’aliment qui me dégoûte le plus c’est l’avocat, je n’en ai jamais mangé, je n’en mangerai jamais. La texture me donne envie de vomir rien qu’en l’écrivant. Je ne peux pas ingurgiter des aliments verts, c’est comme ça, c’est impossible à expliquer. Le problème peut être la couleur ou la texture, parfois les deux. La banane c’est pareil, je ne comprends pas comment on peut avoir envie d’en manger. Les plats en sauce, c’est impossible. Le poisson je ne peux pas non plus surtout à cause de l’odeur, l’odeur peut constituer un frein. Je n’ai pas mangé de viande depuis une éternité, de temps à autre j’arrive à manger du poulet s’il ne ressemble pas à du poulet (les nuggets c’est ok). Toute ma vie j’ai entendu « Mais tu peux pas savoir si t’as pas essayé », c’est une phrase très dure parce que je sais que je ne peux pas manger un aliment qui me dégoûte visuellement, je le ressens dans mon corps, si par malheur j’essayais, ce qui est déjà arrivé notamment lorsque mes grands-parents me forçaient, c’est le vomi à coup sûr. Je n’en peux plus d’entendre « Même pas les fraises ?! », comment leur dire que moi les fraises rien que de les regarder je me sens mal, aujourd’hui ça va mais quand j’étais petite je ne restais pas dans la cuisine si je savais que ma mère avait rapporté des fraises du marché…

Depuis toujours on pense que j’exagère. Je suis allée voir je ne sais combien de psys (mes parents étant tous deux médecins). Puis il y a quelques semaines, je découvre un mot qui explique mes maux : la néophobie alimentaire, à travers le compte Instagram @team_neophobie. Je lis les témoignages des uns et des autres et je me sens moins seule, il y a d’autres femmes qui comme moi ne peuvent pas avoir plus de deux couleurs dans leur assiette, je lis « je mange des tomates crues mais jamais cuites » le sourire aux lèvres, d’ailleurs moi je mange des tomates crues mais sans peau, je ne supporte la peau d’aucun fruit ou légume. Je n’étais plus la seule à ne supporter les légumes qu’en soupe maison et mixés. Comme moi il y avait des gens qui ne pouvaient pas manger des yaourts aux fruits avec des morceaux dedans ! Je me suis sentie libérée. Je suis en train de décomplexer tout ça, c’est vrai que mes repas ne sont pas très variés, je mange souvent du riz à la sauce tomate ou des pâtes avec du pesto, des fruits en compote ou du pain, mais j’ai la chance d’avoir un compagnon qui est vegan et qui est lui aussi ostracisé, à nous deux nous faisons un bon couple de weirdos, à croire que c’est un peu mon destin !

#7 Handicapée, et alors ?

            Je suis née multi-handicaps !!!

Je n’ai pas d’équilibre, je marche avec deux cannes mais je ne peux pas rester debout très longtemps et lorsque je dois parcourir une longue distance je dois utiliser un fauteuil roulant. Je ne vois pas suffisamment… pour passer mon permis… mais pas que.

Bref je suis moi !

            Bon je ne vais pas vous mentir être handicapée n’a pas été et n’est toujours pas simple…

Toutefois, je crois que la période la plus difficile a été l’adolescence. En effet, l’acceptation de soi n’a pas été chose facile. Je me sentais souvent rejetée, seule et incomprise car il m’a été longtemps difficile de mettre des mots sur ce que je ressentais. Mais, comment aurais-je pu expliquer quelque chose que les autres, même mes proches ne peuvent pas comprendre car ils ne sont pas et ne seront jamais à ma place. Les moqueries des autres enfants n’ont pas aidées non plus… car oui, j’ai eu la chance, avec quelques aménagements et une Auxiliaire de Vie Scolaire, (pour ceux qui ne savent pas ce que c’est allez voir sur Google, il vous donnera une meilleure définition que moi) de suivre une scolarité à peu près normale. J’ai même réussi à obtenir mon bac Sciences Techniques du  Management et de la Gestion (si vous voulez quelques explications allez voir Google, il vous expliquera) avec mention bien. Je sais, ça peu paraître un peu débile mais pour moi c’est important de le préciser, et puis je vais vous dire, ça a été tellement la galère pour l’avoir que ça relève presque de l’exploit. J’ai poursuivi mes études avec un BTS Assistant Manager que j’ai également obtenu et au cours du duquel j’ai pu effectuer des stages en entreprise.

            Au quotidien mon  handicap est assez lourd à porter, je vis avec des douleurs permanentes, avec la peur de tomber à chaque pas que je fais. Même si je suis bien entourée, il m’arrive parfois encore de me sentir seule et d’avoir des périodes de mélancolie sans trop savoir pourquoi.

            Aujourd’hui, j’ai quitté le cocon familial (ce qui au départ n’était pas gagné, je dirais même que c’était inespéré) et vivre au quotidien avec un handicap lorsqu’on vit seule, ce n’est pas de la tarte !!! Je dois anticiper la moindre chute pour ne pas risquer de me faire mal. Je dois donc adapter mon environnement, par exemple installer un siège et des barres de maintien dans la douche pour éviter de glisser, ou encore, être vigilante lorsque que je marche pour ne pas tomber. Mais, vivre seule avec un handicap c’est aussi trouver des astuces pour accomplir des tâches banales du quotidien par exemple fabriquer une « perche » avec un bout de bois et un crochet pour ouvrir ma fenêtre ou attraper mon paquet de papier toilette à « deux mètres de hauteur » sur une étagère (ce qui n’est pas évident à attraper lorsque l’on mesure 1m60 de long !!!)

            Bon, soyons un peu plus gai… parce que, même si être handicapée est assez chiant (il faut bien l’avouer), je dois admettre qu’il y a aussi certains avantages comme par exemple ne pas faire la queue à la caisse d’un magasin, ou encore, (moi qui adore visiter des musées), ne pas faire la queue à l’entrée d’un musée… heureusement qu’il y a des avantages sinon c’est pas drôle (je rigole).

            A part ce petit détail du handicap (qui prend quand même une grande place dans ma vie), je suis une personne joyeuse qui a beaucoup d’humour (mais ça vous l’aurez peut-être remarqué), je pense que rire et qui plus est de soi-même m’aide à voir la vie du bon coté. A part ça, j’aime lire, regarder des films et des séries, voyager, visiter des musées ou des monuments historiques, aller au cinéma, aller voir des pièces de théâtre… juste profiter des plaisirs simples de la vie.

            Ah oui j’allais oublier, LE sujet hyper important pour toutes les filles ou presque LES MECS… si la plupart des filles rêvent du prince charmant, de la belle robe blanche lors de leur mariage, de la belle maison, des enfants sans oublier le chien (très important le chien) … bref vivre un vrai conte de fée… moi ce n’est pas mon cas. Pour tout vous dire, je n’ai jamais cherché, et je ne cherche toujours pas d’ailleurs à trouver quelqu’un pour partager ma vie, ma foi, ça arrivera quand ça devra arriver je ne suis pas pressée. Et puis, si un jour, je rencontre le prince charmant, il aura bien du courage parce qu’il faut me supporter (et, croyez moi, je ne suis pas facile tous les jours…).

            En ce qui concerne le mariage… je ne suis pas contre, mais je ne suis pas pour non plus. Pour moi, on peut s’aimer et vivre ensemble sans passer par le mariage. C’est bien, au moins, si un jour je ne m’entends plus avec Mr. Charmant (c’est le nom que j’ai donné à mon futur prince charmant  pour le texte), on se dira au revoir et chacun reprendra sa route. On aura économisé un divorce. Cependant, s’il me fait une demande comme celles que l’on voit dans les films je ne dirais pas non.

            Pour la question des enfants, (soyons un peu plus sérieux) avant de répondre à cette question il faut que vous sachez que mon handicap n’est pas génétique. Cependant, certains handicaps ne se voient pas lors des échographies et ne se découvrent qu’a la naissance (et pour ma part, je ne me vois pas avorter).

Personnellement, je ne me vois pas avoir d’enfants. Je ne voudrais pas imposer mon handicap, ni être un poids à un enfant qui n’aurait rien demandé. Je ne souhaiterais pas non plus  avoir un enfant handicapé, non pas que je n’aime pas les personnes handicapées bien au contraire, mais parce que je sais ce que c’est de vivre avec un handicap au quotidien, je connais les difficultés quotidiennes que l’on peut rencontrer lorsque l’on est handicapé : la scolarisation, l’acceptation de soi, le regard des autres, les moqueries… et j’en passe !

Malheureusement ou heureusement pour eux, (ça c’est à eux de juger) je suis née handicapée. Mes parents n’ont donc pas eu d’autres choix que de m’accueillir comme j’étais, et j’ai eu de la chance ils m’ont gardée (je rigole, je sais, c’est une blague de mauvais goût mais que voulez-vous, j’ai un humour pourri). Élever un enfant handicapé n’est pas chose facile au quotidien. Même si, je trouve qu’ils s’en sont remarquablement bien sortis malgré toutes les difficultés qu’ils ont pu rencontrer, que je les aime, et que je ne les remercierais jamais assez pour l’éducation qu’ils m’ont donné afin que je puisse devenir la jeune femme que je suis aujourd’hui, je ne pense pas être aussi forte qu’eux pour faire le même parcours.

Moi, contrairement à mes parents qui n’ont pas eu le choix, J’AI le choix et je ne voudrais pas que mon enfant, au risque qu’il soit handicapé, ait à vivre ce que j’ai vécu et ce que je vis au quotidien. Je choisis donc de ne pas avoir d’enfants mais ce n’est pas pour cela que je ne peux pas être heureuse !!

            Bref, je terminerais par ces quelques mots.. être handicapée est difficile à vivre au quotidien mais c’est grâce à ce handicap, je dirais même cette petite imperfection, que je suis devenue la jeune femme de 22 ans qui vous écrit aujourd’hui. Je suis fière d’être qui je suis. Je veux profiter de la vie, vivre chaque moment intensément parce que  la vie est belle et qu’elle vaut la peine d’être vécue… alors soyons heureux et profitons de la vie !