#5 Mensonge pieux

J’étais vraiment bien avec lui, notre relation était nouvelle, tout se passait parfaitement bien, j’étais sur un petit nuage. Il avait été mon pote avant d’être mon amoureux, j’avais confiance en lui même si finalement je le connaissais peu. J’aimais son sourire et ses fameuses fossettes, sa joie de vivre et ses beaux yeux verts. Je me suis absentée pour le travail, j’avais un voyage à faire, c’était l’affaire d’une semaine, je n’avais pas envie d’y aller mais je savais qu’il serait là à mon retour, c’est tout ce qui m’importait : continuer à vivre cette love story. Il était doux, gentil, drôle, je ne m’ennuyais pas avec lui, je savais qu’il compterait, à la fin. Quand je suis rentrée je l’ai appelé mais il n’a pas répondu. J’ai appelé tous les jours, il ne répondait jamais. Je ne comprenais pas ce qui se passait, nous avions communiqué pendant mon absence, certes il était peu affable mais pour moi il n’y avait pas de problème. J’avais le sentiment de devenir folle. Je me refaisais toute l’histoire au ralenti, à quel moment j’avais dit ou fait quelque chose qui le faisait m’ignorer de la sorte ? Je pensais que c’était de ma faute, je n’avais pas compris que le problème c’était lui et qu’il avait déjà fait ça à d’autres filles.

J’ai fini par apprendre qu’il avait déjà une petite amie qu’il cachait à tout le monde. Il m’avait présentée cette fille comme étant une simple copine, c’est bien ça le pire. Un samedi soir je l’ai croisé non loin de notre bar préféré, il a fallu qu’on me retienne pour me calmer mais j’ai réussi à lui coller une baffe en l’insultant. J’ai vu qu’il était désolé, me revoir lui avait fait quelque chose. Mais j’aurais préféré mourir que de me remettre avec ce scélérat. Quelques mois plus tard, alors que j’étais ivre à 4h du mat’ je lui ai envoyé un mail lui disant que j’avais été enceinte de lui et que j’avais avorté seule sans personne, trop honteuse. Je lui demandais de comprendre que c’était la raison pour laquelle j’avais été si virulente lorsque je l’avais croisé dans la rue. C’était un mensonge. J’avais juste besoin qu’il s’excuse pour son comportement de connard, je voulais tourner la page, une bonne fois pour toutes. Je savais que le sujet des enfants était délicat pour lui parce qu’il ne connaissait pas son géniteur et il en souffrait même s’il avait eu la chance d’être reconnu par l’ami de sa mère qu’il considérait comme son véritable père. J’ai eu ce que je voulais, il s’est excusé pour son comportement, il m’a dit que ce n’était pas rien cette nouvelle, que ça lui faisait quelque chose et qu’encore une fois il était sincèrement désolé.

Nous sommes toujours resté en contact et des années plus tard, il m’a avoué qu’il avait eu un gros coup de cœur pour moi mais il était déjà avec une autre fille et ne savait pas comment gérer, il avait préféré fuir. Il avait fini par rompre avec sa copine mais ne m’avait pas recontactée par fierté. Nous avons essayé de remettre le couvert suite à cette révélation mais c’était trop tard, la magie n’était plus là de mon côté, et nous sommes restés amis. Il a refait sa vie, moi aussi. On ne vit plus dans la même ville mais on s’appelle deux ou trois fois par an pour prendre des nouvelles. La dernière fois que je l’ai vu j’ai essayé de lui dire que je n’avais jamais été enceinte, que c’était une technique pour que je l’oublie, pour qu’il me présente ses excuses aussi. J’étais déterminée. Mais l’une des premières choses qu’il m’a dites c’est « Tu sais je m’en veux pour l’avortement, j’aurais aimé être avec toi, te tenir la main, c’est à deux que se prennent ces décisions». J’ai compris que je ne pourrais jamais lui dire la vérité, il ne veut pas d’enfants mais je crois qu’il est content de penser qu’il aurait pu être papa il y a douze ans, avec moi. Et c’est con mais moi non plus je ne veux toujours pas d’enfants mais mes sentiments pour lui étaient si forts, nous avons vécu des semaines intenses et je crois que j’aurais aimé attendre son enfant. C’est un mensonge c’est vrai mais il nous fait du bien à tous les deux.