#3 Neuf mois ferme

Quand j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai été étonnée mais contente. Ce n’était pas prévu mais finalement c’était une bonne nouvelle. Je ne peux pas dire que j’avais rêvé d’être enceinte mais je voulais un enfant, juste un pour pouvoir être libre quand même. J’ai toujours eu un corps mince, athlétique, peu de formes, j’étais heureuse de devenir cette femme au ventre bien rond avec des seins généreux mais il n’en a rien été. J’étais toujours aussi filiforme et si mes copines m’enviaient moi j’ai mal vécu ce quasi non changement d’apparence physique : personne n’a deviné que j’étais enceinte avant le septième mois. Moi qui m’étais dit qu’on me laisserait enfin une place dans le métro… Quand le gynéco m’a dit « Votre ventre est trop petit, il faut manger ! », je me suis sentie coupable pourtant je n’étais coupable de rien, j’ai pleuré en silence et c’est ce que j’ai fait tout le long de ma grossesse.

Je n’avais pas l’air d’une femme enceinte mais j’ai eu tous les désagréments. J’ai vomi pendant tout le premier trimestre alors que mes amies m’avaient dit « Tu vas voir tu vas avoir une libido de folie ça va être génial ». J’ai passé trois mois à vomir chez moi en arrêt maladie. Incapable de travailler à la maison entre les insomnies dues au stress et les séances de vomi quotidiennes, j’ai senti mon employeur compatissant au début devenir de plus en plus agacé. J’ai eu peur de perdre mon emploi et j’ai failli le perdre, mes peurs n’étaient pas fantaisistes du tout ! On m’avait répété qu’être enceinte n’était pas une maladie : on m’avait menti. Le trimestre d’après j’ai commencé à avoir mal à peu près partout, j’ai eu une sciatique, des hémorroïdes, la totale. On m’avait dit tu verras tu vas avoir un glow, une superbe peau, des cheveux magnifiques, je n’ai jamais été aussi moche qu’enceinte. J’ai eu le fameux masque de grossesse, tous les matins je pleurais en me regardant dans le miroir, j’étais moche, j’avais mal partout, je pleurais tout le temps. Mes pieds étaient gonflés, je n’ai jamais pu rentrer dans mon 38 même après l’accouchement, personne ne m’avait dit que je devrais donner toutes mes chaussures. Je sais que ça peut paraître superficiel mais personne ne m’avait jamais parlé de ça. Je n’ai presque pas fait l’amour pendant la grossesse parce que la sensation n’était pas agréable, j’avais l’impression d’être toute visqueuse à l’intérieur, mon odeur était très forte et j’étais mal à l’aise. Je ne comprends pas pourquoi aucune femme n’en parle…. Mon conjoint a été adorable mais ce n’était pas suffisant, je voulais juste en finir avec cette grossesse. J’ai souhaité perdre mon bébé tellement je n’en pouvais plus. C’est difficile à écrire, je ne l’ai jamais dit, même à ma mère dont je suis proche, de peur d’être jugée. Aujourd’hui quand je regarde ma fille dormir (elle a dix-huit mois), je lui dis « Je n’ai pas aimé être enceinte mais toi je t’aime ma chérie. Je suis heureuse que tu sois là, pardonne ta maman d’avoir eu des pensées morbides ».

L’accouchement a été horrible. J’ai été admise à la clinique et vingt-sept heures plus tard j’accouchais. Ce fut tellement long, tellement douloureux, on a décidé de me faire une césarienne au dernier moment parce que mon bassin était trop étroit (pourquoi ne l’avaient-ils pas remarqué avant?!) si bien que là encore je me suis sentie coupable de ne même pas être foutue de sortir mon enfant naturellement de mon corps. On me l’a reproché par la suite « Ah donc tu n’as pas VRAIMENT accouché en fait ». Comme si je n’avais rien vécu, comme si se faire ouvrir le ventre sans son consentement, c’était le bonheur ! Je n’ai pas eu le choix… J’ai eu des contractions pendant des jours après l’accouchement, j’ai été incapable d’allaiter ma fille, incapable de faire quoi que ce soit à part pleurer du matin au soir. J’ai perdu du sang pendant des semaines, je me suis demandé si un jour ça allait s’arrêter, sans parler des fuites urinaires, j’ai tout eu. Je n’ai jamais été en mesure de donner le sein à ma fille parce que la sensation était perturbante pour moi, les seins étant une grosse zone érogène chez moi, je me suis sentie coupable encore une fois. J’aurais adoré faire partie de ces mères qui regardent leur enfant collé à leur sein avec amour. J’avais mal, j’étais gênée, mon conjoint m’a rassurée, si je ne le sentais pas, je ne devais pas me forcer, il valait mieux ne pas le faire que de le faire en étant stressée, les nourrissons ressentent tout. Quand j’ai vu ma fille je ne peux même pas dire que j’étais contente, j’étais épuisée. J’étais jalouse de l’attention qu’on lui portait, tout le monde la trouvait si jolie et si sage pendant que je crevais en silence. Personne pour me demander si moi ça allait, si j’avais besoin de quoi que ce soit. J’avais déjà été transparente enceinte parce que mon ventre ne se voyait pas, je devenais maman et j’étais encore transparente. Je suis en colère contre les femmes qui ne disent pas la vérité sur l’accouchement et la maternité. J’ai lu Nouvelle mère de Cécile Doherty Bigara et pour la première fois je me suis sentie moins seule, enfin une femme qui osait dire qu’être mère c’est dur et surtout que ce n’est du tout inné, on doit tout apprendre.

J’ai consulté une psy pour comprendre ce qui s’était joué pendant ma grossesse et je vais mieux, mais je ne veux pas d’un autre enfant. Je sais que ce n’est pas politiquement correct de le dire mais si j’avais su tout ça jamais je n’aurais eu un enfant. Après la grossesse le pire est à venir, des mois sans dormir, une vie de couple détruite, je pense que je n’étais pas faite pour devenir mère. Toutes les femmes ne peuvent pas supporter un changement aussi radical, il faut être prête, je ne l’étais pas. Je ne regrette pas d’avoir eu ma fille, je l’aime de tout mon cœur, je ne peux pas imaginer ma vie sans elle puisqu’elle en fait partie. Je pense juste que toutes les femmes ne sont pas faites pour être mères. Tous les couples ne résistent pas à un bébé non plus. Le mien a survécu pour le moment, chaque jour nous travaillons à être une famille, c’est beau mais je n’ai jamais été aussi épuisée.

photo : sympa-sympa.com

3 commentaires sur “#3 Neuf mois ferme

  1. Je ne suis pas encore mère, juste belle mère un week end sur deux et c’est déjà suffisamment pour moi… C’est dur et je ne trouve pas ma place.. Merci de faire cet article car je suis persuadée tout comme toi, que toute femme n’est pas fait pour être mère. J’espère que tout va ce passer pour le mieux pour toi désormais. Courage…

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